« Mais comment tu fais pour faire autant ? »

Tu l’as déjà entendu cette phrase. Et tu as souri.

Moi aussi. Longtemps. Et j’avoue — encore maintenant, parfois.

Jusqu’au jour où j’ai compris que ce sourire-là, ce moment de fierté, c’était exactement ce qui m’empêchait d’aller mieux. Parce qu’on ne remet pas en question ce qu’on reçoit comme une médaille.

Et pendant qu’on sourit — le corps, lui, il s’effondre en silence.

Ce que dit vraiment ce « compliment »

Posons-nous honnêtement devant cette question. Qu’est-ce qu’elle dit vraiment ?

Elle dit — tu fais tellement de choses que personne ne comprend comment c’est possible. Et si personne d’autre ne le fait — c’est peut-être parce que ce n’est pas tenable.

Notre société récompense la performance. Elle applaudit l’hyperactivité. Elle en fait même un modèle de réussite — la femme qui dort cinq heures, se lève à 5h30 pour méditer et faire du sport, enchaîne dix réunions, gère ses enfants le soir et répond encore à ses mails à 23h.

On l’admire. Personne ne lui demande — « mais est-ce que tu vas bien ? »

Et le pire, c’est que cette validation entretient exactement le problème. Parce que quand on nous dit qu’on est extraordinaires pour quelque chose — on continue. On en fait encore plus. On se définit par cette hyperactivité. Et on ne sait plus qui on est sans elle.

C’est un piège. Et il est d’autant plus difficile à voir qu’il ressemble à de la reconnaissance.

Un travail que j’ai dû faire sur moi-même

C’est l’un des plus gros travaux que j’aie dû faire. Et j’y travaille encore.

Pendant longtemps, j’ai été fière d’en faire beaucoup. Fière d’entreprendre, d’être sur tous les fronts, de gérer. La petite voix de mon éducation qui me disait que si je ne faisais pas plus, je n’arriverais à rien.

Aujourd’hui, je veux qu’on m’envie parce que j’ai du temps. Que je sais prendre mon temps. Que je suis en forme, épanouie, présente.

Mais cette petite voix — elle est encore là. Et je sais qu’elle est là chez beaucoup d’entre vous aussi.

Ce n’est pas un hasard

Ce pattern — se sacrifier, passer après, tenir coûte que coûte, ne jamais faillir — il ne tombe pas du ciel. Il ne dit rien de ton caractère. Il s’est construit, sur des années, parfois depuis l’enfance.

Pendant des générations, les femmes ont appris que leur valeur se mesurait à ce qu’elles donnaient. À leur utilité. À leur capacité à gérer, à porter, à ne jamais montrer qu’elles sont à bout. La bonne mère. La bonne professionnelle. La bonne amie. Toujours disponible.

Et quelque part — souvent très tôt — beaucoup d’entre nous ont intégré ce message. Tes besoins passent après. Ton repos est un luxe. Ce qui compte, c’est ce que tu produis pour les autres.

Ce n’est pas une faiblesse individuelle. C’est quelque chose de systématique. De transmis. De renforcé à chaque validation sociale pour l’hyperactivité.

Pense à ta copine de 43 ans qui gère son équipe, ses deux enfants, sa mère vieillissante et son couple — et qui répond « ça va ça va » quand tu lui demandes comment elle va. Pas parce qu’elle va bien. Parce qu’elle a appris que se plaindre, c’est faillir.

Si tu te reconnais là-dedans, je veux que tu saches une chose.

Ce n’est pas qui tu es. C’est ce qu’on t’a appris à être. Et ça peut changer.

Ce que ça fait concrètement au corps

Parce que pendant tout ce temps — pendant que tu souris et que tu es fière d’en « faire autant » — ton corps, lui, il encaisse. Et il note tout.

Ton système nerveux est maintenu en état d’alerte permanent. Ton cortisol est chroniquement élevé. Et ça a des effets très concrets, très physiologiques, sur ce qui se passe à l’intérieur.

Petit à petit, ta digestion se dégrade.

Quand le système nerveux sympathique — celui de l’action, de la performance, de la survie — est activé en permanence, son antagoniste — le système nerveux parasympathique, celui de la digestion, de la récupération, de la réparation — est mis en veille. La digestion ne peut pas bien se faire dans cet état. Ce n’est pas possible physiologiquement.

Alors le ventre commence à parler. Les ballonnements arrivent. Le transit devient capricieux. Les douleurs s’installent. L’intestin envoie des signaux — souvent bien avant que le reste du corps ne commence à défaillir.

C’est pour ça que dans ma pratique, je vois tellement de femmes hyperactives avec des troubles digestifs importants. Ce n’est pas une coïncidence. C’est de la physiologie.

Et ensuite — le sommeil se dégrade. Les glandes surrénales s’épuisent. La thyroïde ralentit. Les hormones se dérèglent. Silencieusement. Progressivement. Pendant que l’entourage continue à dire « mais comment tu fais pour faire autant ».

Le problème avec l’épuisement productif, c’est que les résultats sont là. On fait des choses. Parfois de belles choses. Et ça masque complètement le coût pour le corps.

Ton énergie n’est pas infinie

Voilà quelque chose qu’on ne te dit souvent jamais.

Ton énergie n’est pas infinie. Elle doit se recharger. Comme une batterie.

Et une batterie qui ne se recharge jamais vraiment — qui tourne en permanence juste en dessous du maximum, sans jamais atteindre 100% — finit par se dégrader. Sa capacité diminue. Progressivement, imperceptiblement. Jusqu’au jour où elle ne tient plus.

Est-ce que tu te souviens de la dernière fois où tu as été vraiment rechargée ? Pas « assez pour continuer » — vraiment pleine d’énergie. Avec de la réserve. Avec l’envie de faire des choses, pas juste d’en finir avec les choses.

Pour certaines femmes que j’accompagne — ça fait des années. Parfois plus d’une décennie. Et elles sont tellement habituées à fonctionner en dessous de leur capacité réelle qu’elles ont oublié ce que ça ferait d’être vraiment en forme. Elles ont pris leur épuisement pour leur personnalité, pour une fatalité.

Si tu es entrepreneuse — ce point est crucial. Ton énergie est ta ressource première. Avant ton réseau. Avant ton talent. Avant ta stratégie. Sans énergie réelle — construite, rechargée, entretenue — tu n’as pas un business qui tourne. Tu as un agenda qui tourne et un corps qui décroche progressivement.

Qu’est-ce qu’on fait ?

D’abord — reconnaître le pattern. Si « mais comment tu fais pour faire autant » est une phrase que tu entends souvent et qui te fait sourire — prends un moment pour te demander honnêtement : est-ce que je suis vraiment en forme ? Ou est-ce que je performe ?

Ce sont deux choses très différentes.

Ensuite — apprendre à distinguer le repos qui récupère du repos qui distrait. Netflix après une journée intense, le scroll sur les réseaux — ça occupe. Ça ne régénère pas vraiment. Le corps a besoin de moments où le système nerveux se régule vraiment. Pas de la distraction. De la récupération.

Et enfin — commencer à remettre en question la fierté de l’hyperactivité. Je ne dis pas d’arrêter de faire des choses. Je dis juste — est-ce que la façon dont tu fais les choses te nourrit ? Ou est-ce qu’elle te vide ?

Parce que la vraie forme — l’énergie stable, construite de l’intérieur — elle ne ressemble pas à l’adrénaline de la performance permanente. Elle est plus douce. Moins spectaculaire. Mais beaucoup plus réelle. Et beaucoup plus durable.

Par où commencer ?

Si tu veux savoir où ton ventre en est — lui qui encaisse en premier quand le système nerveux est débordé — fais le quiz digestif gratuit. C’est souvent le meilleur point de départ pour comprendre ce qui se passe vraiment.

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Et si tu veux aller plus loin dans cette réflexion sur ce que ça veut dire être vraiment en forme. C’est le 4ème épisode d’une série de 8, diffusée chaque jeudi de juillet à août.

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